De la découverte du village de Ndokbissiung

Publié le par Adeline Henry

« Il faut absolument que je t’emmène au village », m’avait dit un jour mon ami Charles, directeur d’école.
Le village… Dans un pays où l’exode rural est à son comble, quasiment chaque citadin est originaire d’un « village ». On va au « village » voir la famille, pour les congés, pour chercher des vivres, enfin pour y être enterré, devant la maison familiale.
Donc quand Charles veut me montrer son village, c’est pour moi comme un honneur, un acte d’amitié. Nous décidons d’y aller pour le premier week-end des congés de Noël, lui, sa femme Germaine, sa nièce Talita et moi-même.
Le village, par opposition à la ville, est à la campagne c’est-à-dire en pleine brousse et pour le village de Ndokbissiung, ce n’est pas peu dire : partis à 15h de Bafia le vendredi (enfin, 17h, histoire d’attendre pendant 2h qu’une « occasion » se présente), nous voici entassés dans un minibus, 5 par rangée qui contient en théorie 4 places, direction Ndikiniméki à 1h de là. Arrivés là-bas vers 18h donc, nous cherchons une voiture pour Nitoukou, gros village à 25 km de là. Une voiture plutôt que des motos, car cette fois, plus de goudron c’est la piste et qui dit piste en saison sèche, dit poussière. Enfin entassés (désolée pour la répétition, mais c’est le qualificatif de tout transport au Cameroun) dans une voiture, 4 à l’avant, 4 à l’arrière + la petite Talita, nous arrivons à Nitoukou à 19h passées. Il fait nuit donc. Il reste 10 kms avant d’arriver au village, par un chemin plutôt difficile. Nous abandonnons encore l’idée des motos et Charles tente de négocier avec le chauffeur de la voiture qui demande 6000F pour aller jusqu’au bout, sinon 2000F pour nous amener un peu avant le village, car il ne veut pas prendre le risque de rouler sur une côte apparemment terrible. Nous choisissons la 2ème option ce qui signifie faire le reste à pied, avec les bagages, une petite fille de  3 ans, le tout de nuit. 6000Fc’est beaucoup trop, il faut dire que quand il y a une blanche quelque part, on fait « le prix des blancs » et c’est tout de suite plus cher.
Nous voilà donc sur la route à pied, descendant une forte pente et en remontant ensuite une autre (c’est la région des collines ici) et je comprends pourquoi la voiture n’était pas  chaude pour rouler là. Heureusement, nous avons le clair de lune, pas besoin de torche pour y voir clair et je devine des paysages magnifiques. Voici d’ailleurs des photos, prises le surlendemain de jour). 

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Bizarrement, je me sens en forme pour marcher, grisée par l’aventure sans doute. La petite Talita m’étonne, elle taille sur la route sans paraître fatiguée. Germaine peine un peu plus. Il faut dire qu’elle voyage depuis le matin, c’est fatigant. Charles nous encourage en disant qu’en haut de la colline, on arrive au village et qu’il n’y aura alors plus qu’un peu à marcher. Charles n’est pas camerounais pour rien : le « un peu » s’est transformé en une vingtaine de mn de marche avant d’arriver enfin à la maison du frère de Charles, Armand, qui nous attendait, avec sa femme et sa maman. Il est environ 20h30, nous avons dû marcher une bonne heure.
Je suis restée là-bas deux jours et trois nuits, avant de repartir le lundi matin. Que fait-on durant deux jours au village ? J’ai envie de dire pas grand-chose. Attention, cela ne signifie pas que je me sois ennuyée, juste qu’on passe beaucoup de temps assis soit sur la véranda avec une bière ou un verre de matango (vin de palme) soit devant le bâtiment cuisine ave les femmes qui préparent. Germaine est tout de suite enrôlée, c’est normal, en tant que belle-sœur. Moi, on ne me demande rien, je suis l’invitée et tout le monde est aux petits soins avec moi. La mère de Charles ne parle que banen, la langue locale, on se limite à se dire bonjour (onaya), ça va, mais je sens qu’elle est vraiment contente que je sois là. Talita a une petite soeur Lauradina, qui ne marche pas encore mais crapahute partout. Beaucoup de monde défile sur la véranda (Armand tient le seul bar-boutique du village). 

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Charles nous amène avec Germaine chez sa grand-mère qui habite à côté. Personne ne sait son âge, on estime qu’elle n’a pas loin de 120 ans…
Dans les collines, le climat est frais, même froid en soirée (merci à Laurette de m’avoir laissé sa polaire…), les veillées se font à la lampe à pétrole : pas encore d’électricité même si les travaux d’installation des fils électriques ont commencé… l’été dernier. Le dernier soir, Armand installe le groupe électrogène pour une soirée festive avec musique et bière. Et tout le monde danse, les hommes, les femmes, les enfants, au rythme de « seca, seca ».
La veillée se termine par une concertation familiale, où on fait comme un bilan de ma présence. Je me rends compte que l’honneur n’est pas que pour moi qui suis invitée, mais aussi pour mes hôtes : c’est la première fois qu’une blanche vient passer plusieurs d’affile ici et vive comme eux : je mange les feuilles de manioc ou la boule de maïs, avec les doigts s’il vous plaît, je me fais tresser, je prends mon bain au fond du jardin dans le petit enclos entouré de feuilles de  palmier. La maman surtout est admirative, elle avait tellement peur que je ne me fasse pas à cela. En fait, tout le village est déçu que je parte déjà le lendemain, tous auraient voulu que je sois des leurs pour les fêtes de Noël. J’aurais même pu être la marraine de Talita qui se faisait baptiser le 25… Malheureusement, je devais rentrer à Bafia et n’ai pas pu rester. C’est toujours surprenant, l’accueil ici : la logique voudrait que ce soit moi surtout qui remercie, en fait, ce sont mes hôtes qui se confondent en remerciements. J’ai l’impression d’avoir fait des choses admirables, alors que j’ai juste été présente avec eux. Mais pour eux, c’est déjà énorme.

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Le lundi matin, il s’agissait de rejoindre Nitoukou, où c’est le jour du marché. A 10 kms du village je le rappelle. Les motos ou voitures étant quasiment absentes, nous voilà partis à pied, Armand m’accompagnant avec un poulet et un gros sac d’ignames sur la tête, que j’imaginais pour vendre au marché, Charles portant ma valise. J’essaie de ne pas réaliser la distance qu’il  a à parcourir me disant comme souvent ici : on verra bien. La chance m’a souri, après avoir à nouveau franchi la nouvelle côte : une moto vient à notre rencontre : elle m’amène jusqu’au marché où j’attends Armand, qui lui a fini à pied. Il a l’habitude, il fait souvent ce trajet. Une fois arrivé, il me trouve une voiture pour Ndiki et je me dis, tiens pour une fois voilà un pare-brise bien propre et sans fêlure… normal, il n’y pas de pare-brise… 

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Bon, je mets ma valise et là je me rends compte que les ignames et le poulet c’était pour moi…encore un signe de l’hospitalité des africains : c’est moi l’invitée, mais c’est moi qui reçoit les cadeaux…
Le voyage se termine sans encombre si ce n’est le chargeur du bus à Ndiki, qui voulait me faire payer 1500 F au lieu de 1000F (le prix des blancs toujours…) mais on ne me le fait plus, après 5 mois au Cameroun…
Voilà l’aventure s’est terminée. Après Noël à Bafia, je repars en vadrouille, avec mes amis français cette fois. Mais là, c’est une autre histoire, à suivre dans un prochain article.

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B
Quel beau commencement d'année ! Très bonne année à toi Adeline ! Bises<br /> Brigitte
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