COLA à Bafia
Merci à Laure, auteur de cet article pour l’association COLA, de m’avoir permis de le transcrire sur ce blog. Il retrace ce que j’ai pu vivre au mois d’août avec le groupe COLA, avant de me laisser pleinement dans ma mission pédagogique avec la rentrée.
BAFIA
Non pas regarder l’Afrique, mais la vivre.
Après un temps d’immersion au Nord, une nuit de train et une journée de bus, nous sommes arrivés à Bafia comme prévu. Nos amis et partenaires nous attendaient avec impatience, chantant et dansant « bonne arrivée ! Bienvenus chez nous ! »
Une fois installés, le dîner nous attendait, et sans plus attendre nous nous sommes réunis avec Monseigneur l’Evêque Jean Marie Benoît Bala, Jean Claude Madjong, notre ami et partenaire depuis 2005, directeur du collège Sabaya.
Nous avions en effet choisi de nous organiser autour de quatre objectifs communs : proposer une formation de « l’enfant pour l’enfant »* pour les enseignants volontaires, installer une salle informatique au collège, assurer l’animation avec les jeunes du quartier et provoquer une rencontre entre enseignants de philosophie grâce à un colloque de deux jours. Ce dernier a commencé dès le lendemain matin, le thème retenu était le suivant « Rencontres et regards croisés sur la philosophie africaine et occidentale ». Après chaque matinée de conférences, toute l’équipe a été conviée autour d’un buffet non seulement délicieux mais très convivial car les discussions ont vite permis à chacun de se lier d’amitié avec son binôme. Ce partenariat nous paraissait en effet indispensable pour créer une nouvelle équipe soudée, harmonieuse et cohérente. Les conférences ont été très riches, préparées avec beaucoup de rigueur, certains intervenants venant de très loin et pendant leurs congés. Fouillées et s’achevant toujours par un temps de questionnement commun, ces deux jours ont vraiment permis une réflexion approfondie pour les intéressés.
Le samedi matin, toute l’équipe s’est préparée pour aller passer le week-end en brousse. La famille de Jean-Claude vit en effet dans un village appelé Djaga, assez difficile d’accès, compte tenu de l’état des pistes. Les voitures s’embourbent très souvent, les habitants doivent donc s’organiser par eux- mêmes, selon leurs moyens et aussi leurs traditions. L’ethnie à laquelle ils appartiennent, les Balom, ont leur culture propre (langue, danses et musique, croyances, rites etc..), et voilà ce que notre ami a souhaité nous faire découvrir. Nous avons commencé par visiter ses plantations s’étendant sur plusieurs hectares, la végétation luxuriante est magnifique mais réclame aussi un travail inouï. Chacun a pu découvrir des plantes et fruits inconnus chez nous, le cacao, l’igname, etc…
La nuit tombant, la fête commence par un grand repas, au menu : du singe en sauce, du vin de palme et autres nouveautés ! D’abord étonnés, tout le monde a été séduit.
Pendant ce temps, les musiciens du village s’organisent, les tam tams chauffent et l’ambiance aussi ! Finalement, tout le monde danse en cercle ou plutôt s’agitent en rythme, car nous n’avons pas leur talent ni leur entraînement!! Une sorte d’esprit de la forêt est en effet convoqué, le « djoundjoun », difficile d’en parler, les habitants sont très discrets à son sujet… Disons seulement qu’il se montre quand il est heureux, il est censé veiller sur les habitants, ce fut pour nous beaucoup d’honneur. Quelques heures plus tard, épuisés et heureux chacun va finalement se coucher, sans presque y croire...
Le lendemain, les mamans du village étaient levées bien avant nous pour nous préparer la traditionnelle bouillie de maïs, les épis sont patiemment égrainés par un par un, quel jeu de patience !
Avant de reprendre notre route, une fois de plus, nous étions attendus à déjeuner et accueillis comme des princes, par le chef de l’association GAMA. Nous avons ainsi pu connaître mieux l’organisation du groupe GAMA, une sorte de coopérative agricole.
Concernant l’animation, nos dynamiques amis Italiens ont fait tout ce qu’ils pouvaient et il est vrai que le manque de matériel rend créatif ! Une chaise trouée est un parfait panier de basket par exemple…Les enfants étaient ravis de jouer ensemble, certains ne voulaient plus s’arrêter le soir tombé.
Notre second projet, la formation l’Enfant pour l’Enfant a évolué en trois séquences. D’abord, le contact est très bien passé, la présentation de la méthode a séduit nos amis, ils ont eux-mêmes mis l’accent sur l’importance de l’aspect pratique de cette pédagogie et de son caractère concret. La première transmission, de nous-mêmes aux maîtres s’est très bien passée. Dans un second temps, nous étions plus nuancées car la transmission des maîtres aux enfants nous parut à perfectionner. Finalement et contre toute attente, lors de notre bilan avec eux, les maîtres étaient non seulement très enthousiastes mais en plus ils avaient déjà des anecdotes sur ce que racontent les enfants dans leur famille ! La méthode porte donc bien son nom et les instituteurs sont demandeurs pour l’avenir. Précisons tout de même qu’ils ont choisi de se former pendant leur congé, sachant qu’ils ont tous de jeunes enfants et que pendant ce temps, personne ne travaille aux champs…
Quant aux travaux au collège, le résultat relève presque de l’exploit…En arrivant, nous avons découvert une pièce sans toit, des infiltrations d’eau, bref personne n’imaginait là une salle d’ordinateurs…Des partenaires se sont attelés à la tâche, il a fallu faire face à une logistique parfois très serrée, suivre l’arrivée des matériaux, clouer, gratter, poncer, peindre, vernir, monter une porte, installer la serrure, etc…Avec tous les aléas, nous avons inauguré la pièce terminée la veille de notre départ, ouf…
Pour fêter tout cela et remercier nos partenaires, nous nous sommes retrouvés autour d’un grand repas avec l’Evêque, certains amis avaient prévu la musique, quelle ambiance !
Chacun dit avoir reçu beaucoup, l’accueil est tellement chaleureux et spontané que nous pensons avoir vraiment beaucoup à apprendre d’eux. Il y a un avant et un après le Cameroun, plus rien n’est comme avant, à commencer par notre façon de voir les relations humaines…
A notre ami Rwandais Innocent le dernier mot : « Vous n’êtes pas venus voir l’Afrique mais vivre l’Afrique »…..
* La méthode « l’Enfant pour l’Enfant » est une méthode visant à sensibiliser les enfants aux principes de base d’hygiène et de santé, en les rendant eux-mêmes acteurs de ces connaissances puisque l’objectif est ensuite la retransmission aux familles par l’intermédiaire de sketches, contes et autres.
Publicité